Comment se reconstruire après la découverte de l’infidélité dans le couple ?

 

Quand démarre l’infidélité ?

 

Pour certain l’infidélité c’est de penser à un ou une autre. D’avoir son esprit, sa pensée tournés vers autrui. C’est d’avoir une relation inappropriée. Pour d’autre, l’infidélité n’existe que s’il y a sexualité. Shirley GLASS (Psychologue américaine) propose que l’infidélité est :

– Une relation secrète
– Une alchimie sexuelle (même sans passage à l’acte)
– Une implication émotionnelle.

Cette définition peut être assez juste car elle met de côté toute forme de jugement de valeur.

Sophie CADALEN (Psychanalyste et Ecrivaine) va même plus loin en disant « que l’infidélité c’est rester fidèle à son propre désir ». Quelque soit la définition que l’on voudra donner à l’infidélité, l’impact sur la personne trompée est violent, douloureuse et provoque une blessure émotionnelle très forte. Ce d’autant qu’il est donné à la maitresse ou l’amant une attention qui n’est pas, ou plus reçue ou une érotisation qui n’est pas, ou plus ressentie. Souvent l’une des émotions premières est la colère. Peut-être parce qu’elle est normale ou qu’elle exprime une tristesse non évoquée.

 

A quoi correspond l’infidélité ?

 

Est-ce le lien d’amour qui est remis en question ?
Est-ce la personne qui a besoin d’explorer quelque chose ?

Nous pourrions dire qu’il y aurait presque deux formes d’infidélité :

– L’infidélité de soi à soi, on a rencontré quelqu’un, ce n’est pas ce que l’on souhaitait véritablement mais c’est arrivé, ou un besoin de plaire, d’être rassuré quant à son pouvoir de séduction, une perte de confiance en soi, la crise du milieu de vie, des difficultés personnelles diverses.

– L’infidélité contre l’autre, contre son partenaire. Veut-on provoquer l’autre ? Secouer quelque chose dans le couple ? Veut-on se venger ?

Dans l’infidélité, l’intention pourrait être de vouloir sortir d’une situation de couple parfois routinière, conflictuelle, asséchée, vouloir explorer d’autres choses, à vivre d’autres sensations et émotions. Il faudra tenter de comprendre pourquoi et comment cette infidélité s’est instaurée. A-t- on involontairement désinvesti la relation à deux, et mis au cœur de notre vie uniquement la famille ? A-t- on vécu des déceptions et désillusion ? Se sentons nous seul(e) dans le couple ? Avons-nous oublié notre créativité et vivons-nous un quotidien trop routinier ?

L’infidélité est un cataclysme, un séisme, c’est une aventure de vie qui vient tout bousculer. La personne trompée se découvre dans des émotions et sentiments parfois irrationnel et qui se croisent. Les couples ne réagissent pas toujours par un désir de séparation immédiate. Effectivement, la relation extra conjugale ne signifie pas obligatoirement la séparation et la perte du lien d’amour.

On arrive à pardonner alors que l’on pensait que l’on ne le tolérerait jamais
On accepte quand on pensait que ce serait inacceptable
On ne tolère pas ce que l’on pensait tolérer intellectuellement.

 

Que fait vivre la révélation ?

 

Christophe FAURE (Psychiatre et Psychothérapeute) dit « il suffit d’un sms, d’un mail, d’une confession, d’une maladresse pour tomber dans le territoire aride de l’infidélité ». Cela met à bas toute nos représentations du couple, toute l’idée d’une vie qui allait se dérouler sans ombrages. C’est une énorme brèche qui peut mettre en profonde insécurité. A ce moment-là, nous avions une représentation de soi (je suis telle personne) et je vis avec telle autre personne et il est découvert que cette autre personne présente un visage différent. Il y a là quelque chose de menaçant. Nous avons à faire à un(e) inconnu(e), il ou elle est capable de faire ceci ? Il ou elle avait d’autres valeurs, il ou elle est en train de les enfreindre. Tout ceci provoque un profond déséquilibre.

Le mode de révélation va être déterminant dans la reconstruction du couple.
Est-ce qu’on l’a découvert de façon fortuite ? Est-ce que la personne à avouer ? C’est une question qui est souvent posée : faut-il confesser ou non une infidélité ? Serait-ce une façon, non consciente, de se dédouaner et de vouloir partager le poids trop lourd de sa faute et de sa culpabilité ? Mais l’Autre est-il en capacité d’entendre et de recevoir une telle parole ? Que va-t- il pouvoir en faire ? Parler de ce mensonge est souvent motivé par le besoin ou l’envie de ne plus souffrir de ce secret. Si la motivation de l’aveu serait de se sentir plus honnête, ce n’est pas toujours évident que ce soit la posture la plus généreuse à avoir…

Est-ce que la personne qui a révélé, parle de cette infidélité ou reste-t- elle dans un silence obtus face aux différentes questions ? Le mensonge, la parole, droit dans les yeux, face aux questions peuvent créer des difficultés pour recréer la confiance. Est-ce un acte manqué ? L’acte manqué, dit-on en psychanalyse, réussit toujours quelque chose. Il peut être là pour réveiller l’autre, pour alerter l’autre. C’est « un témoin » donné inconsciemment à l’autre que quelque chose se passe ailleurs. Quel serait l’objectif ? Qu’est- ce que je veux réussir, peut-être, en manquant à mon secret d’infidélité ? Nous pouvons
imaginer que derrière cet acte manqué il y aurait la phrase « Viens me chercher ».

Tous ces modes de révélation et échanges concernant l’infidélité, seront déterminant dans la manière de reconstruire par la suite. La douleur et l’intensité de la douleur de la personne trompée peut ne pas être totalement mesurée par le conjoint(e) qui a trompé. On oublie parfois, quand il y a infidélité, qu’il y a une attente forte du conjoint trompé. « Est-ce que tu mesures l’intensité de la souffrance que cela a provoqué en moi ? ». Parfois quand l’autre ne voit pas qu’il a provoqué tant de souffrance, ce peut être un point d’accroche d’une séparation. L’infidélité vient fracasser l’idéal du couple.

Si le couple dépasse la notion de pardon, pour arriver à la notion de transformation, quelque chose se passe dans ce couple d’extrêmement dynamique et profitable à celui-ci. Pardonner est essentiel, cela ne veut pas dire oublier, faire comme si de rien n’était ou étouffer ses émotions. Mais, pardonner c’est accepter d’abandonner sa colère et son ressentiment. La tentation de la vengeance, de faire souffrir l’autre peut être tentante, mais c’est choisir de rester et de prolonger une situation de souffrance ou chacun s’abime, et cela indéfiniment. Le pardon est souvent proportionnel à l’intensité de la colère. Si l’on est très en colère, la propension à pardonner est souvent basse mais plus la colère diminue plus la capacité à pardonner est élevée. Travailler le pardon dans l’infidélité, c’est travailler sur le ressentiment, l’amertume la colère que l’on ressent vis à vis de son compagnon et/ou de la situation.
Après les aveux, certains couples font le choix d’une séparation temporaire, afin de prendre le temps d’apaiser le climat de tension, de travailler les choses seul ou en couple, en se faisant parfois accompagné par un thérapeute de couple. Bien des couples, pour bien des raisons diverses, continue de surfer sur le quotidien, même si cela est très douloureux, même si les conversations et échanges sont houleux. La force du quotidien peut aider à créer un cadre dans cette tempête. Ce cadre va peut-être aider à reconstruire, car on va prendre conscience de ce que l’on pourrait perdre.

La découverte est un choc intense

– Avec des images invasives
– Avec, parfois, une vrai crise identitaire (on a une image de soi et de son couple et la situation vient révéler que cette image est peut-être erronée, cela crée une insécurité affective forte). L’estime de soi, le regard que l’on porte sur soi est fragilisé. « Je suis une personne que l’on peut tromper, qu’est-ce que cela dit de moi ? »
– Avec des compulsions d’aller fouiller les mails et téléphone, compulsions d’aller sur le lieu que l’on suspect. Ces compulsions peuvent freiner la reconstruction.

 

Comment surmonter l’infidélité ? Une étape fondamentale : comprendre ce qui s’est passé

 

Au début de ce travail il est important de sortir du secret. La puissance de l’imaginaire de la personne trompée peut être plus douloureuse que la réalité. Il faut pouvoir instaurer un dialogue sur les faits concrets qui entourent cette relation. C’est le point de départ d’un travail d’accompagnement. Le second temps aborde des questions de fond, les raisons de cette infidélité, l’état de santé du couple (communication, intimité, complicité) les attentes et besoin de chacun. Prendre le temps de faire une relecture de ce qui se passe dans le couple est indispensable pour la reconstruction. Avant de parler de réconciliation, il faut comprendre qu’est qui a pu être à l’origine de la crise, que devons-nous réparer ensemble ? Ce temps d’élaboration est essentiel pour comprendre et connaitre les attentes de l’autre. Peut-être avons-nous un temps cessé de nous faire plaisir ? Une multitude de questions surgissent. Pourquoi a-t- il (elle) éprouvé le besoin d’un(e) autre ? Qu’a-t- il, t-elle trouvé ce qu’il(elle) ne trouvait pas ou plus chez moi ? Qu’est-ce qu’il lui manquait dans notre relation. Tout cela génère une souffrance forte tant la blessure narcissique est importante. Il faudra pendre le temps de procéder à une observation de soi, de l’autre et du NOUS. Prendre le temps de clarifier la situation, s’engager dans un dialogue franc, reconnaître et prendre en compte la souffrance de l’un et l’autre permettra d’apaiser la communication, d’éloigner la colère pour accéder à la compréhension, au pardon et à la reconstruction. Explorer les motivations profondes, que découvre-t- on de soi éventuellement dans cette autre relation qui pourrait possiblement être vécu dans sa vie de couple ? Nous pourrions parler de transformation et de reconstruction et répondre à cette question.

Qu’est-ce que l’on a fait ensemble pour en arriver là ensemble ?
Comment reconstruire quand la colère, le ressentiment, la souffrance l’incapacité à pardonner polluent la relation de couple ?
Il est parfois essentiel de trouver un espace, un tiers où l’on peut exprimer ses émotions, où l’on puisse s’entendre l’un et l’autre. L’infidélité pourrait être le symptôme du couple malade qu’il est possible de guérir. Il faut se pencher sur cette souffrance, sur ce dysfonctionnement. L’aide bienveillante du thérapeute est bénéfique.

Les grands obstacles :

– Restaurer la confiance. Lorsque l’on tombe amoureux de quelqu’un, on ouvre une part de vulnérabilité Après l’infidélité comment restaure-t- on cette part de vulnérabilité ? Confiance et sécurité émotionnelle sont très proches. La restauration de la confiance appartiendra en partie à la personne infidèle. Elle devra montrer des pas vers l’autre, un ré-engagement par ses actes, ses attitudes, ses attentions.

– Comment mettre de côté ses ruminations, les remises en question de soi, les images négatives ? Celui qui est le plus proche de nous, dont censément on peut attendre le plus, devient le premier traitre, notre pire ennemi, celui qui touche là où c’est le plus tendre en nous. Dépasser ces sensations n’est pas facile. Il faudra faire place à notre humanité et il faudra communiquer, risquer même de mal communiquer et accepter de dire les choses maladroitement.

– Voir la peine de celui qui a été infidèle. Il y a eu une rupture avec l’amant ou la maîtresse. Il y a un travail de deuil de cette relation, et parfois il est compliqué pour la personne trompée d’accepter et de comprendre cette peine. Il faut réinvestir le couple et trouver les bonnes raisons de réinvestir ce couple.

– Comprendre ce qui s’est passé est une étape importante mais attention à ne pas trop donné de détail notamment sur l’intimité ? Cela peut créer des images très intrusives dans un retour à la sexualité, qui peuvent parasiter ce retour et ce désir de l’autre.

– Une trop grande culpabilité. Quand cette culpabilité écrase tout, quand elle prend toute la place cela empêche de tout changer. La culpabilité tétanise et il ne se passe rien après (interroger l’acte, quelles sont les motivations, ses fondements, ses conséquences les nouvelles possibilités pour le couple).

– Eviter de trop parler à tout le monde (enfants, familles, amis). Tout cela peut apporter des parasitages inutiles. Ce n’est pas la morale ou le jugement moral qui pourra être aidant et les autres pourront être porteurs (même involontairement) de ce regard et jugement moral. C ‘est une histoire très intime sur laquelle le couple va devoir se concentrer à deux, sur laquelle il faudra s’arrêter et en faire quelque chose qui ne regarde que ce Nous.

 

Conclusion

 

Se saisir de l’infidélité pour transformer et reconstruire sa relation de couple est possible. Il faudra au couple du temps, accepter de traverser des périodes de doute, être accompagné dans ce travail. Les couples qui parviennent à « transcender » cette infidélité pourront ressortir plus mature, plus fort et plus aimant.

Christophe FAURE dit, que la peur que cela se reproduise peut amener une bienveillante nécessaire vigilance de la relation. On va comprendre que le lien d’amour n’est pas acquis, il devra y a avoir une vigilance d’instant en instant, au fil des année, qui doit être maintenue.

A lire : Est-ce que tu m’aimes encore ? Se reconstruire après l’infidélité – Christophe FAURE