Comment pourrions nous définir cette période de vie ?

 

Nous l’appelons communément la crise de la quarantaine mais depuis que cette notion a été mise en évidence dans les années 60-70, le contexte a évolué, l’espérance de vie s’est allongée, il serait plus juste de parler de crise de milieu de vie.

En effet, c’est une notion récente, apparue dans les années 60-70, notamment dans la littérature anglo-saxonne (Karl Gustav JUNG). Eliott JACK (psychiatre canadien) a théorisé ce big-bang existentiel en 1963. Il dit que de toute les façons, même les gens qui refond leur vie, qui sont heureux, nie le temps qui passe, nie le moment de tristesse face au déclin. Nous vieillissons forcément, nous le ressentons dans notre corps, nous le ressentons sur notre visage, nous pouvons même sentir une perte vivacité intellectuelle. Cette période est également celle ou l’on perd ses parents, les enfants échappent à ce que l’on avait
éventuellement projeté sur eux, et partent du domicile. C’est une période émotionnellement compliquée voire déstabilisante. Aujourd’hui, nous notons qu’un nouvel âge adulte s’étend entre 40 et 60 ans. Il y a à peine un siècle, à 50 ans, nous étions vieux et nous pouvions nous résigner à la vieillesse. Cette nouvelle tranche est assez longue et la société peut nous donner une forme d’injonction à rester jeune, à s’entretenir, à lutter contre le vieillissement. Mais la vieillesse repoussée, nous avons potentiellement le temps de faire plus des choses. Avec l’allongement de la durée de la vie, nous sommes vieux plus longtemps mais nous voudrions rester jeune plus longtemps !! 40 ans c ‘est la prise de conscience que l’on est peut-être au milieu de notre vie, on est peut- être plus près de la fin que du début. Nous avons effectivement plus d’années derrière nous
que devant et que de nouvelles générations, pleine d’énergie, sont en train de nous pousser vers la sortie.

La crise du milieu de vie ou crise de la quarantaine est la période où l’on est loin de la vieillesse et plus tout à fait proche de la jeunesse. C’est probablement une crise existentielle. C’est un moment vertigineux ou l’on se rend compte du temps écoulé et du temps qu’il nous reste. Le temps des deuils, des renoncements et de la plénitude peut être. Cette période peut être vécu très différemment, de façon très intérieure ou donné naissance à des grands bouleversements. Nous pouvons être en contact à un moment ou un mouvement dépressif, et c’est peut-être cela qui va permettre des changements, ce « sursaut de vie ». A partir de là, même si nous traversons une dépression, ce peut être l’occasion de faire le point sur sa vie et redémarrer autre chose et avoir une très belle deuxième partie de sa vie.

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Qu’est-ce qui se joue dans cette période ?

 

La crise de mi vie ou crise de la quarantaine, c’est le moment ou l’on peut avoir peur de rater ce qui reste nous à vivre. Nous prenons conscience que le champ des possibles se réduit, ce qui peut être triste mais qui amène à rebondir. C’est un moment bilan de ce qu’on a réalisé jusque là, moment où l’on se rend compte, moment où l’on réfléchit au choix que l’on a fait et où l’on se dit que nous pourrions faire maintenant ce rapprochement entre soi et soi. La crise de la quarantaine est probablement identitaire. Ce peut être le temps de faire ses propres choix et non plus ceux qui ont pu nous être imposé (même involontairement) par les parents, par notre éducation. S’empêcher de faire des choix peut nous maintenir dans une « forme d’enfermement ». La crise de la quarantaine est aussi le temps des renoncements, cela peut entraîner une dépression ou un mouvement qui y ressemble, qui fait que ce thème peut paraître triste.

Françoise MILLET dit que la crise de la quarantaine est un moment ou l’on se sent dans un costume soit trop grand, soit trop petit et ou l’on a vraiment envie de devenir soi même tout en sachant que le temps est compté.

Lucien MILLET (Psychiatre – théoricien français de cette période) dit que la crise de la quarantaine serait la troisième naissance. La première c’est la naissance physique au monde, la seconde, c’est devenir adulte vers 20 ans, un individu social, acteur de la société, et la troisième serait la naissance à soi même. Cette troisième naissance peut se faire en douceur, elle peut être complexe notamment par rapport aux renoncements, aux allègement, rupture qu’aucun de nous aime faire dans sa vie. On aime le confort et la continuité et parfois trop encombré et écrasé nous éprouvons la nécessité de faire un peu de ménage.

La notion de crise de la quarantaine peut faire peur si on la compare avec la crise d’adolescence. Il peut y avoir une analogie avec la crise d’adolescence, ne serait-ce que dans les manifestations. Il y a des crise d’adolescence révolte, il y a des crises de la quarantaine révolte, il y a des crises d’adolescence plus morose, comme morosité il peut y avoir dans la crise de mi vie. Le terme crise peut effectivement faire peur car une crise de la quarantaine peut être synonyme de catastrophe. Mais crise veut dire qu’un équilibre qui jusque là tenait, est en train de se déstabiliser. Il faut retrouver cet équilibre. Nous pourrions utiliser le terme de transition qui pourrait être moins effrayant.

Certains dans cette nouvelle période de transition, vont prendre leur vie en main et ne plus souhaité suivre les dogmes imposés, ne plus vouloir ressentir une forme d’obéissance à certains attendus normatifs de la société. S’il reste peu de temps (pas plus que ce que l’on a déjà vécu) que souhaite t-on en faire ?

Certaines choses seront conservées, d’autres écartées. Pour certains ce peut être une reprise des études, pour d’autres commencer à s’autoriser à prendre des droits, acquérir une forme de liberté en se censurant peut être moins, sportivement certains se donnent des challenges.

Après certaines décisions, le temps restant n’est plus un problème de compteur angoissant mais une chance de tous les jours de pouvoir en faire plus. Nous sommes dans une société jeuniste, mais les principales difficultés, les principaux blocages sont du ressort des attendus normatifs de la société. Changer de profession parait étrange et pas toujours bien accueilli, reprendre des activités sportives de hauts niveaux paraît également étrange. Serait-ce une reprise du contrôle de sa vie ?

La crise de la quarantaine peut donner lieu à une sorte de mue comme d’autres période de vie (retraite). Il y a une forme de révolution pas forcément négative. L’insatisfaction peut être source de créativité personnelle. Et cela peut nous pousser à trouver en nous d’autres ressources.

Christophe ANDRE fait une belle métaphore en évoquant la crise de la quarantaine comme une randonnée. La quarantaine, évoque corporellement parlant, la descente dans cette randonnée. Nous prendrions plus le temps de regarder, de souffler, de flâner, de nous arrêter. C’est un peu la fin de la balade, le corps fatigue mais l’esprit grandi en sérénité. Dans la monter, nous serrons plus les dents… Devenons plus « intelligents » plus sage ? On apprend à savourer, on s’énerve moins sur ce qui nous énervait et n’en valait peut-être pas la peine. On apprend à lâcher prise, à côtoyer des personnalités moins toxiques. Tout ces micros changements peuvent rendre la seconde partie de notre vie plus belle.

 

Les difficultés conjugales ont-elles plus tendance à se multiplier entre 40-50 ?

 

Probablement que oui. La crise de la quarantaine est une zone de turbulence pour le couple où l’envie de vivre des choses plus exaltantes pourrait se faire sentir. Parfois, dans certains couples, où les conjoints ne se parlent pas beaucoup de leurs aspirations et de leurs insatisfactions, le risque de vivre une crise forte est plus prégnant. Mais l’usure, la routine naturelle, l’ennui, l’angoisse existentielle sont des facteurs de risque. Pouvons-nous les éviter ? Si le travail de «maintenance» du couple ne se fait pas, si l’insatisfaction ou l’inconfort ne s’exprime pas, si on supporte (en espérant que le conjointe (e) change un jour ou en pensant à autre chose), il y a un moment donné où l’on peut se dire « il ne changera pas, je ne me vois pas finir ma vie avec quelqu’un comme cela… »

Le dialogue, les ajustements incessants, les frictions incessantes sont de bons marqueurs des évolutions conjointes possible. En l’absence de ce dialogue, le couple peut exploser. La difficulté sera forte pour celui qui subira la crise, celui qui restera. Nous avons précédemment abordé le coté plutôt positif du changement, de la crise qui amène un mouvement, une transformation de soi. Le conjoint(e) qui subit la crise est parfois au prise d’angoisse et d’insécurité douloureuses.

 

A quoi correspond ce moment essentiel de notre existence et comment aborder ce tournant de la seconde moitié de vie ?

 

Françoise MILLET BARTOLI (psychiatre et psychothérapeute) dit que c’est une crise qui entraînent parfois des grands changements. La crise de la quarantaine est une crise individuelle qui entraîne, peu ou prou, une crise de couple et qui n’est pas facile pour le conjoint(e) de la traverser avec. C’est une crise individuelle que l’on ne fait pas seul(e). Certains auteurs considèrent que la crise du milieu de vie correspond en fait à la fin de l’adolescence. On entend même parfois que la crise de la quarantaine correspondrait à une deuxième adolescence. En fait, nous mûrissons et nous ne sortirions de l’adolescence, en devenant vraiment adulte, qu’avec cette crise du milieu de vie.

Est-ce une crise ou un « sursaut de vie » ? A ce moment, dans cette période de prises de décisions, est-ce que soi même le vit on comme une crise ? ou plutôt comme une continuité ou l’émergence de choses enfouie jusque là ?

Christophe ANDRE dit que c’est peut-être une manière de conceptualiser sa vie. Pour certains ce serait un processus de petites crises permanentes, d’ajustement avec l’environnement, de remise en question, pour d’autres, qui se trouvent plus dans des habitudes de vie, un ronron conjugal et professionnel, ont tout à coup besoin de ce sursaut de vie car ils ressentent peut-être une sorte de momification.

 

Vit-on la crise de la quarantaine de la même façon selon que l’on soit un homme ou une
femme ?

 

Pour Christophe FAURE (psychiatre) les femmes seraient plus aptes à conscientiser ce passage, alors que les hommes auraient davantage tendance à se jeter dans l’action. Les femmes parleraient plus entre elle, elles élaboreraient et échangeraient plus entre elle. Les hommes auraient plus de mal à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Ils passeraient plus à l’acte, dans le sens où ils partiraient plus tôt, dans un mouvement pulsionnel. La question de l’enfant de la quarantaine est parfois présente. Avoir un enfant, c’est se projeter dans l’avenir, hors, justement, pendant cette période, il est souvent difficile de se projeter. Un enfant peut permettre de se renouveler, c’est une projection narcissique de soi. On notera que pour certain c’est le premier enfant, quelquefois c’est un petit dernier.

 

CONCLUSION

 

Il est vrai que ce sujet n’est pas toujours des plus réjouissant mais il y a une bonne nouvelle. La bonne nouvelle, c’est qu’il semblerait qu’en vieillissant, nous deviendrions plus aptes au bonheur. La plupart des personnes voit leur niveau de bien- être émotionnelle augmenter régulièrement à partir de 45 ans. Et cela monte de plus en plus jusqu’à 70 ans. Différentes explications possibles :

– Les matérialistes disent qu’à partir de 45-50 ans, les enfants comment à être plus grands, moins « fatigants », moins préoccupants, les carrières professionnelles sont souvent posées, il y a une plus grande facilité au bonheur car la période est souvent moins de stressante.

– Pour des raisons plus psychologiques : quand nous prenons de l’âge, nous comprenons qu’il ne nous reste plus un temps de vie illimité. Pour certains c’est terrifiant et refusent de vieillir (ils peuvent avoir recours à la chirurgie esthétique, ils regardent du coté de la musculation, ils sont attentifs à conserver ou adopter une tenue vestimentaire plus jeune, et même si besoin change un vieux (ou vieille) conjoint(e) contre un nouveau tout jeune. Là, les ennuis ne vont pas tarder, parce bien sur, toujours dans ce genre de course contre la montre on ne gagne pas.

Mais pour la plupart des autres, vieillir ça va bien sur nous attrister, mais peu à peu nous pouvons être stimulés. On va comprendre que le bonheur c’est maintenant. On lâche les raisonnements qui consistent à se dire, je m’occuperai de mon bonheur quand…. Les enfants seront casés, que je prendrais ma retraite, quand j’aurais plus de temps. On comprend que tout pourrait s’arrêter plus vite que prévue et qu’il serait dommage de ne pas savoir savourer la vie.

Pour traverser cette crise de milieu de vie, il serait intéressant de réfléchir à ce que l’on a été jusque là, réfléchir aux rêves non réalisés. C’est quelquefois, en piochant justement dans ce réservoir de rêves, ou un talent non exploité, que l’on pourra vivre cette transition. Ce pourrait être le moment d’essayer de réaliser un de ces rêves ou de se réaliser dans quelque chose qui nous fait plaisir, ou que l’on n’a pas eu le temps de développer. Il pourrait être également intéressant, pour ceux qui le peuvent, de passer le flambeau professionnel, en enseignant ou entraînant les jeunes, avec sa propre expérience. Cela peut aider à passer le cap, à retrouver un intérêt, une énergie, une envie.

A lire « La crise du milieu de vie, une seconde chance » Françoise MILLET BARTOLI

 

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