Notre relation à l’argent

 

Jeanne-Marie Vidon, sur le plateau de LTOM, France Ô

 

CIGALE OU FOURMI : QUE REVELE NOTRE RAPPORT A L’ARGENT

 

Deux témoins nous font part de leur fonctionnement.
Françoise se présente comme fourmi, elle a ce sens de l’économie tout en conservant la notion du plaisir. Très différent du radin ou de l’avare.
Doriane a un rapport différent vis-à- vis de l’argent, compter est compliqué ! Gérald CHARLES, coach, et moi-même, présentons les différentes personnalités cigale ou fourmi, d’où nous vient notre rapport à l’argent, ce qu’il peut dire de nous et comment cela se joue au sein du couple.

Notre relation à l’argent se construit dès l’enfance en fonction des croyances et des messages qui nous ont été transmis. Il varie en fonction des familles et de leur histoire. Les rapports à l’argent sont si différents d’une famille à l’autre !

L’histoire familiale et la façon dont les parents « jouaient » avec l’argent entre eux ou pas est importante. S’ils étaient très stricts, s’ils inculquaient une idée de l’argent sévère, «il ne faut jamais se faire plaisir », s’ils étaient endettés eux même, s’ils avaient les huissiers à domicile alors là on peut avoir un regard anxieux et négatif vis à vis de l’argent, on peut également rentrer dans une démarche de grande prudence toute sa vie par rapport à l’argent, pour ne pas répéter les drames familiaux. Notre manière de dépenser est souvent sans rapport avec les revenus. Il y a des gens aisés et radins, il y a des gens peu aisés et dépensiers. C’est beaucoup plus complexe que cela. Beaucoup de paramètres entre en ligne de compte dans notre rapport à l’argent. Certains ont été élevés dans la peur de manquer, d’autre dans l’abondance ou du moins sans avoir la préoccupation quotidienne de compter. Certaines personnes ont un besoin viscéral de retenir, d’accumuler, de conserver. L’argent peut être une source de pouvoir, de valorisation, d’importance. Paradoxalement la crainte d’en manquer peut générer de l’anxiété et une insécurité permanente.

Pour d’autres, dépenser agira comme un calmant. Plus l’anxiété est grande, plus les situations de stress sont présentes, plus les dépenses pourraient s’accroître. La dépense vient soulager, compenser une difficulté, un manque de confiance en soi parfois. Certains vont donner à l’argent une valeur de sécurité, de liberté, de plaisir, de partage.

D’autre en auront une perception plus négative, auront tendance à voir l’argent comme responsable de biens des maux. Mais que représente l’argent-elle finalement ? Nous avons tous en tête la fable de Jean de Lafontaine « la cigale et la fourmi ». On va qualifier des personnalités de fourmis, de radins voire d’avare, mais Il y a une différence entre être économe et avare. La fourmi serait doté d’un sens inné de l’économie.

Etre économe c’est avoir une attitude saine par rapport à l’argent, car la sécurité est un besoin de base qui permet à chacun d’entre nous de se sentir bien. C’est également un signe que l’on sait profiter de la vie, si économiser, c’est faire des réserves pour se faire plaisir.
L’avarice est la pathologie du manque. L’avarice est peu flatteuse, elle a mauvaise presse car elle est associée à des troubles et des comportements pathologiques : l’amour de l’argent et la douleur de la perte. Certains s’emprisonnent dans leur rapport à l’argent.

Brièvement d’un point de vue psychanalytique, Freud cite la deuxième phase de l’évolution affective d’un bébé : la phase anale. Les conduites adultes par rapport à l’argent découlent de ce stade. Le positionnement que l’enfant avait face à cette première monnaie d’échange, déterminera sa relation à l’argent en tant que futur adulte. C’est un souci de prudence et d’auto protection à soi même, à la solitude, à la maladie. On se sent protégé si on accumule l’argent. A un degré important, c’est la pathologie de l’avarice. A ce moment là, on se prive de donner du temps, de l’argent, de l’amour et on s’enferme. L’argent est symbolique d’une protection et d’un rempart contre la solitude et la
mort.

Les avares vivent dans la souffrance car l’argent ne rapporte pas assez, il faut toujours plus pour se protéger. Ils connaissent difficilement la paix, la sérénité, ils sont agités par la méfiance, la peur et l’insécurité. D’autres seront qualifiés de cigale La cigale a l’argent qui lu brule les doigts, qui dépense dans compter.

Mais dépenser trop est-ce une maladie ou une façon de se faire plaisir, de se faire du bien ? Il faut faire la distinction, là aussi, entre dépensier plaisir et dépensier compulsif. La dépense compulsive se répète de manière excessive et met en péril l’équilibre de la personne. Cela
s’apparente à un comportement identique à celui du boulimique, de l’addict… Consommer procure un mieux être immédiat certes, mais éphémère.

L’argent pourra être utiliser comme un substitut affectif. Par le biais de l’argent on va avoir l’impression d’être aimé, de se faire aimer ou de remplacer de l’amour que l’on n’a pas eu ou perdu, par la possession de l’argent. L’argent c’est s’offrir une apparence, vouloir se faire aimer d’une certaine façon. On peut chercher à se donner une valeur aux yeux des autres, en se montrant très généreux, en flambant, en offrant de manière démesurée à son entourage, parce que l’on pas pas toujours conscience de sa propre valeur.

L’acte d’acheter est associé au plaisir et au pouvoir. Il peut être une compensation, compensation pour calmer un mal être, un manque d’affection, une mauvaise image de soi… Ces achats compulsifs apportent une satisfaction très brève, le regret arrive très vite, accompagné souvent de déboire financier. L’argent peut être un bon serviteur s’il nous aide avec une générosité qui vient du cœur ou avec quelque chose qui fait sens.

L’argent peut être un mauvais maître s’il détermine nos comportements jusqu’à une pathologie. Il est important de savoir qu’elle est notre intention dans notre rapport à l’argent. Quand on donne ou quand on ne donne pas, quand on dépense ou quand on ne dépense pas, quand on économise ou que l’on n’économise pas, quand on radine ou quand on ne radine pas…. Qu’est ce qui fait sens pour moi dans ce geste par rapport à l’argent quel que soit le montant de revenus.

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Le couple et l’argent

 

L’argent est un sujet personnel et intime. Mais ne pas le partager avec son conjoint peut créer des tensions à plus ou moins long terme. La question de l’argent est souvent tabou. Quand on aime, on ne parle pas d’argent. Inconsciemment cette notion est bien toujours présente. Dans un couple il y a les sentiments bien évidemment, mais pas que. Les amoureux pensent souvent « quand on s’aime, on partage tout », mais chacun est un individu bien distinct avec des désirs, des envies différentes et une manière de dépenser différente liée aussi à une histoire personnelle.

Au nom des vieilles croyances « quand on aime, on ne compte pas » on va mettre sous silence nos interrogations et ressentiments plutôt que de prendre le risque d’être considéré comme mesquin(e). Ce n’est pas facile pour un couple d’être très au clair avec ce sujet. 51% des conflits de couple sont suscités par l’argent qui parfois conduisent au divorce. Une étude précisait que les question d’argent étaient la seconde cause de séparation du couple après l’infidélité. Les jeunes couples parlent certainement plus facilement d’argent entre eux que leurs grands-parents. Observons les choses de manière historique, traditionnellement les femmes avaient peu de place dans la gestion du patrimoine familial, elles étaient pour la plupart, dépendantes de leur mari. Elles ont eu le droit d’ouvrir et de gérer leur compte bancaire depuis 1965 et ce sans autorisation de leur mari. Avec l’évolution du statut et de la place des femmes dans la société, on assiste plus fréquemment à une inversion des rôles, et apparaissent de nouveaux conflits autour de ce thème. Certaines femmes sont tentées de prendre leur revanche sur le pouvoir de l’homme.

Et pour quelques hommes, même si intellectuellement ils admettent très clairement la possibilité que leur conjointe ait des revenus supérieurs à eux, ressentent la supériorité du gain de la compagne comme une menace à leur virilité, à leur posture de chef de famille.

Alors comment s’organise le processus de décision qui va décider pour les achats, les loisirs, les investissements ? L’évolution de notre société nous fait rencontrer des statuts familiaux et conjugaux différents. Qu’en est-il pour les familles monoparentales, les familles recomposées, couples homosexuels ? Dans les couples hétérosexuels, au sein des familles où l’on se réfère à un fonctionnement traditionnelle, l’argent et la gestion des ressources constituaient un instrument de hiérarchisation des rôles et places, associés à son propre genre masculin ou féminin.

Qu’en est-il des couples homosexuels ? J’ai trouvé assez peu d’études qui traite le sujet, quelques enquêtes ont été faites auprès de couples gays où la question de l’organisation matérielle et financière a été interrogées. Il semblerait que les individus oscillent entre la volonté de rester indépendant et le désir de former un couple solidaire. L’idéal se traduirait rarement par une fusion des ressources mais plutôt pour une indépendance concertée.

Néanmoins le PACS, le mariage, l’accès à la parentalité pourront orienter les couples vers une plus grande mise en commun, associée à une plus grande différenciation des taches matérielles et financière. Mais nous pouvons noter que si les deux conjoints ont une vision et une approche vis à vis de l’argent très différentes, l’incompréhension peut être présente. Plus les différences de fonctionnement sont présentes plus la question se posera à un moment ou à un autre. L’argent a valeur de langage. L’argent sert à exprimer bien des choses (désirs, envies, sentiments) et exprime notre relation à la vie. Avec la sexualité, l’argent est sans doute l’un des sujets les plus embarrassants et délicats à aborder. En parler trop alimente les brouilles et les conflits, ne pas l’évoquer rend le sujet tabou. Il faut bien le dire, les relations la vie de couple sont liées aux contingences matérielles. La façon dont le couple aborde les problèmes d’argent est toujours significatif.

La manière d’en parler évoque un certain nombre de choses : volonté de puissance, exprimer une peur de l‘abandon, mettre en avant une valorisation personnelle, une dépendance…

Dans le couple, le pouvoir n’est pas toujours du coté de celui qui gagne l’argent ou plus d’argent. Il y a celui qui rempli le compte et celui qui tient le compte. Dans le contrôle des dépenses, l’autre exprime sont besoin de maîtrise. L’argent est associé au pouvoir même dans le couple Celui qui apporte l’argent dans le couple tend à être plus puissant. Avec l’évolution des société, l’homme n’est plus seul à gagner sa vie. L’exercice du pouvoir et de l’autorité doit être réaménagé.

Idéalement ce serait important d’aborder le sujet dès le début de la relation. Il devrait être naturel d’aborder la question de l’argent dans le couple dès la préparation au mariage, au PACS, à la vie commune. Célibataire vous avez peu de responsabilités et dans tous les cas vous les assumez seul(e), sans avoir de compte à rendre. En couple, vos finances deviennent les finances du couple. C’est à deux que vous devez envisager les dépenses, le budget et rendre des comptes à votre conjoint(e). Les dépenses, les projets importants seront à décider et envisager ensemble. C’est dans ces moments que la communication est importante : commet gérer les priorités. Les tensions sont créées par un manque de concertation par rapport à un achat, un projet…

Chaque couple doit inventer son propre fonctionnement et le faire évoluer en fonction des différentes périodes de la vie : l’arrivée d’un enfant, une maladie, une période de chômage, la retraite. Certains événements mettent le couple à rude épreuve. Le chômage en est un. L’inactivité forcée modifie inévitablement l’image que l’on a de soi et de l’autre. Jacques Salomé cite « L’énergie du chômeur est investie dans sa blessure narcissique. Il se replie sur lui même, perd son appétit sexuel, se désintéresse de tout ». Ce qui peut raviver chez le conjoint un sentiment d’insécurité et les reproches qui vont avec de ne plus assumer sa part des taches ou voire de ne plus gagner assez d’argent. Une bonne gestion monétaire, et il n’en existe pas de type, appartient à chacun et surtout met à distance les disputes monétaires, les conflits de pouvoirs.

 

Comptes personnels ou compte commun

 

Idéalement ce serait bien que la question de l’argent se pose dès la vie commune. Dès que nous sommes mariés, nous sommes soumis à un régime matrimonial fixé par un contrat de mariage ou à défaut par la loi. Choisir un régime matrimonial n’est pas le sujet préféré des futurs époux. Mais l’union financière n’est pas toujours du gout de ceux qui avaient l’habitude de gérer leurs revenus ou leurs biens en toute indépendance. Alors quel choix de régime matrimonial ? Le régime de la séparation de bien pourra permettre de conserver cette intendance. Les couples séparés de bien conservent une autonomie financière dans la gestion de leur revenus propres, dès lors qu’ils contribuent aux charges du mariage. Lorsque que l’on se marie, on est dans l’idéalisation de la relation. L’argent, les comptes s’accommodent mal avec l’idée de l’amour. Au début d’une relation, on imagine que l’amour règlera tout, trouvera des solutions à tous les inconforts de la vie. Mais parler d’argent ne serait il pas, justement, un moyen également de protéger ce couple ?

Choisir un contrat de mariage par séparation de bien, c’est conserver son individualité, son autonomie dans le couple. Il en est de même pour les comptes. La plupart des couples choisissent un compte commun. Mais tout partager c’est aussi pouvoir tout contrôler. Y a-t- il un idéal ? Le couple pourrait avoir un compte commun pour les frais de la communauté avec une petite partie épargne pour construire l’avenir, et ce au prorata de ses revenus. Et conserver ou envisager l’ouverture d’un compte personnel pour la gestion de ses propres économies. Cette organisation peut paraître la plus confortable et juste des solutions.

En thérapie, les couples en situation de crise évoquent très rarement leur rapport et la place de l’argent dans la relation au thérapeute de couple. C’est au détour d’un échange qu’ils pourront aborder cette question là. Le rapport à l’argent au sein du couple renvoie chacun des partenaires à sa propre histoire, à son vécu, à son modèle familial contre lequel on réagit. Il nous est possible de faire un lien entre argent et sexualité. Dans un couple en crise, ce peut être, tout comme la sexualité, un moyen de rétorsion, on signifie à l’autre que l’on n’est plus dans l’échange. L’argent, tout comme la sexualité, peut être utiliser comme une arme, comme un outil de prise de pouvoir sur l’autre. Il peut être source de domination ou d’emprise. Les difficultés relationnelles au sein du couple, apparemment provoqué par l’argent peuvent cacher également une problématique sexuelle. Comment se gère cette circulation des liquidités ? Qu’est ce qui vient de moi, qu’est ce qui sort de moi, ce que je donne, ce que je garde ???

Depuis toujours, l’argent c’est l’échange, le commerce, la négociation. Derrière les échanges financiers se glissent des attentes, des envies, des besoins qu’il faut pouvoir aborder. Dans un couple, il y a toujours des comptes et des récompenses. Nous pouvons l’imager par un exemple : Madame va remarquer que Monsieur donne de moins en moins de petites attentions, de mots doux, de bouquets de fleurs, ou petits cadeaux, de cette observation peut naître une certaine frustration. Accumulée, cette frustration peut ressortir un jour, par un désir plus affaibli, une moins grande disponibilité sur la question de l’intimité.

 

L’argent dans la séparation ou le divorce

 

La question de l’argent dans la séparation du couple révèle bien des choses : La culpabilité de quitter l’autre peut amener une générosité plus forte. Elle viendrait tenter de compenser la perte, l’absence, l’insécurité que peut ressentir le conjoint quitté. Mais inversement, le chantage à l’argent peut être un moyen de maintenir l’autre dans un lien, dans une forme de dépendance, un moyen de refuser la séparation.
Une séparation difficile se traduit souvent par des tensions autour de l’argent : partage des biens, pension alimentaire, prestation compensatoire. Une séparation nécessite un travail de deuil, certains ne peuvent accepter cette séparation et ne peuvent faire ce travail d’acceptation et les négociations autour de l’argent servent à prolonger le lien fantasmé et irréel, une relation qui n’existe plus et qui n’existera plus.

 

Conclusion

 

Nous pourrions conclure en précisant que l’argent est un moyen du plaisir, de la jouissance, de l’échange, du partage, de la générosité. Il faut bien évidemment pouvoir satisfaire ses besoins essentiels mais on ne doit pas le considérer comme un maitre. L’argent peut être un ciment dans le couple, il permet de construire, de faire des projets, c’est une ressource au service de la communauté. Pour certains c’est un moyen de montrer son attachement, son engagement vis-à- vis du couple et de la famille.

Chaque couple doit trouver un mode de fonctionnement ou les deux conjoints se sentent à l’aise et sans non dits. Certains feront le choix de tout mettre en commun, d’autres d’avoir un compte joint tout en gardant un compte personnel. Il n’y a pas de solution idéale, l’important étant d’en parler afin de trouver un équilibre confortable pour chacun des deux d’entre eux. Aborder la question de l’argent au sein du couple permet de rendre la relation plus saine, les échanges plus fluides, les rapports plus égalitaires.

 

Peut on changer notre rapport à l’argent ?

 

Heureusement Oui. En se faisant éventuellement aider, en faisant la paix avec notre histoire familiale, en comprenant ce qui est arrivé et de quel message conscient ou inconscient nous sommes porteurs. Faire la paix avec notre relation à l’argent, qui n’a rien à voir avec notre surface financière. L’argent ne fait pas le bonheur mais il rend le malheur plus supportable. Il sera nécessaire de voir l’argent comme une ressource et non comme une fin en soi.